par Christine Zanella-Savy
Sylviane Manuel : Je suis arrivée à la direction de la Verrerie en 2016. En juin 2017, inCIRCus est le premier acte fort que je pose. L’idée est de faire une fête de quartier, pour le quartier et avec la participation du quartier. C’est une main tendue vers Rochebelle et ses habitants. D’où le slogan : “Fenêtre sur cirque à Rochebelle”.
Créer et organiser depuis dix ans un festival ici, ça montre surtout que le label Pôle national cirque, qui y est implanté, n’est pas dans sa tour d’ivoire et peut mettre ses moyens au service d’un quartier prioritaire. C’est un salut chaleureux aux habitants et une manière de modifier l’image du quartier. Lors de la première édition, nous avons reçu 1 500 personnes venant de Rochebelle mais aussi d’ailleurs. Un beau mélange…
Sylviane Manuel : On est parti de loin, personne ne nous connaissait. Aujourd’hui, inCIRCus est solide artistiquement, la presse relaie les infos, beaucoup de bénévoles et d’associations sont engagés avec nous. Et les gens du quartier attendent ce festival, dont la fréquentation a régulièrement augmenté : 3 000 spectateurs en 2023 puis 4 000 en 2025.
Pour autant, inCIRCus est conçu comme un festival à petite jauge, avec de l’intimité, et nous ne voulons pas le faire grossir : il restera limité à une dizaine de spectacles. Il s’agit avant tout de vivre ensemble, en extérieur, un moment festif. Pour moi, inCIRCus porte une valeur large et universelle de rassemblement. Ce n’est pas que du cirque, il y a un bal, un karaoke, des ateliers, des stands…
Sylviane Manuel : Ce festival totalement gratuit ne tient que par les aides qu’il obtient des collectivités et de l’État. Un grand merci à eux ! À l’image du slogan de l’année à la Verrerie, nous avons « tenu bon », envers et contre tout, dans un contexte où les financements culturels se raréfient. C’est donc une belle histoire de 10 ans et c’est une fierté car inCIRCus se caractérise comme un espace-temps de liberté et d’amicalité.
Créer un festival, c’est résister à la raideur et à l’arthrose sociale. La chaleur humaine, ça exerce à la souplesse des esprits et à la non-désespérance. J’aime à dire que le cirque est une fabrique d’humanité. Se rassembler autour d’artistes qui offrent des heures de leur travail sur le sensible rejoint une nécessité à la fois artistique et sociétale.
Sylviane Manuel : Elle est même d’envergure européenne ! C’est la première fois qu’inCIRCus organise des rencontres professionnelles. Toute la planète cirque va débouler avec le séminaire des 15 Pôles nationaux cirque de France et aussi la première rencontre des Pôles internationaux de production et de diffusion d’Occitanie ! Nous accueillons également cinq maquettes de créations émergentes françaises sélectionnées par un jury européen, c’est-à-dire des extraits de spectacle qui seront présentés au public.
Sylviane Manuel : 15 compagnies investiront le quartier avec des créations hybrides mêlant acrobatie, performance, installation participative et musique live.
Je mettrai l’accent sur l’avant-première de la Cie gardoise Le Doux supplice, associée à la Verrerie, jeudi 11 à 19h. Cette compagnie recherche avant tout le lien et ça tombe bien pour l’ouverture d’un festival qui se revendique de ce même élan : aller vers et faire avec. Ce même jeudi en fin de soirée, ne ratez pas la déambulation nocturne Berceuses (Gang), par la Cie La Horde dans les pavés.
Vendredi 12, inCIRCus propose le Campement des jongleurs du Collectif Protocole durant dix heures dans le parc du musée PAB : à vivre comme on campe, en prenant le temps ! Enfin, samedi 13, le Samedi Bien mobilisera tout le quartier autour de jeux, chants, rencontres et un grand bazardage avec des objets chargés d’histoires… Et ce jusqu’au bal de clôture Dansoire Sauvage, dernière création de La Piste à Dansoire qui était déjà venue enchanter le bal de notre première édition.
Sylviane Manuel : Ce festival, je veux l’ancrer dans la durée. D’autant que le projet de rénovation urbaine de Rochebelle, avec la coulée verte prévue du Gardon au parc du musée PAB, va nous donner de nouveaux espaces de création. Faire tomber les murs, c’est une ambition urbanistique mais également culturelle.
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