par Christine Zanella-Savy
Depuis déjà 30 ans, une partie du Festival Cinéma d’Alès est dédiée à “La Méditerranée dans un fauteuil”. Non, il ne s’agit pas de traverser la mer dans un siège flottant, mais de mettre en avant les cultures méditerranéennes, via des fictions et documentaires. « En 1995, nous avons souhaité, avec les associations de quartier de la ville, interroger les liens entre les deux rives de la Méditerranée et voir comment on pouvait travailler ensemble » se souvient Antoine Leclerc, délégué général d’Itinérances.
Les responsables de ces associations se sont alors regroupés dans un collectif pour proposer, lors du Festival, des sélections de films autour du Maghreb. Présente dans le collectif depuis 25 ans, Laytmas, de l’association La Clède, pose un regard très positif sur les actions menées : « Dans la durée, nous avons construit quelque chose qui relève des droits culturels, une façon de rapprocher des personnes éloignées du cinéma des œuvres cinématographiques ».
Aujourd’hui, huit associations composent le collectif : Melting Pop, Avenir Jeunesse, SaM, La Clède, RAIA, Raison de plus, Association France Palestine Solidarité (AFPS) et Couture pour tous aux Cévennes. Avec deux représentants par association, cela fait environ 16 personnes, coordonnées par Chantal Pichon pour Itinérances, qui se réunissent régulièrement pour préparer la programmation de “La Méditerranée dans un fauteuil” au mois de mars.
La sélection s’opère de façon collaborative avec les représentants des associations. « Nous visionnons plusieurs films chez nous puis nous en débattons à chaque réunion, indique Chantal. Et nous travaillons aussi à faire participer à la sélection des bénéficiaires de ces associations. Les choix se font ensemble, la majorité l’emporte ».
Chaque année, “La Méditerranée dans un fauteuil” met ainsi à l’affiche une quinzaine de longs métrages, essentiellement des inédits et des avant-premières. « Au-delà d’une programmation, décrypte Antoine Leclerc, nous visons surtout à mobiliser et à sensibiliser certains publics pour qu’ils aillent vers le cinéma, que ce soit lors du Festival et lors de tous nos rendez-vous cinéma de la saison ». Formatrice dans les ateliers socio-linguistiques de La Clède, Laytmas a par exemple fait du cinéma l’un des axes de ces ateliers : « J’incite les participants, même s’ils sont primo-arrivants, à aller voir les films : ils sont réceptifs à ces invitations ».
Et en effet, ça marche. Sur l’année 2024-2025, Itinérances a comptabilisé 2 615 entrées lors des 20 séances présentées. Sachant que deux séances se déroulent systématiquement en quartiers “politique de la ville” pendant le Festival : l’une à la Maison pour Tous aux Cévennes et l’autre à la Maison de Projets aux Prés-Saint-Jean.
« Le Festival est très attendu par les publics des associations, relève Chantal Pichon. Ceux qui viennent une fois ont envie de revenir. Cela devient un rendez-vous ». « Le simple fait d’aller dans ces lieux dont ils sont éloignés, qu’ils ne fréquenteraient pas naturellement, pour eux, c’est très émouvant » ajoute Laytmas. Pour beaucoup, aller voir un film lors du Festival Cinéma ou lors de Ciné Eté, constitue ainsi leur première fois au cinéma. « Aller au cinéma, c’est reçu comme un privilège et c’est aussi un temps de partage, un moment pour être avec les autres dans une position d’égalité ».
“La Méditerranée dans un fauteuil” se vit durant tout le Festival, mais concentre la plus grande partie de sa programmation sur la journée du mardi avec un concert pour couronner le tout. « Nous cherchons des groupes musicaux qui collent à l’état d’esprit du Festival » éclaire Mouss, de l’association Melting Pop, l’une des chevilles ouvrières du collectif. Cette année, le groupe Aït Ben Brothers proposera un mélange de sonorités rap et orientales. Une musique très colorée et métissée « afin de faire la fête ensemble ».
À chaque fois, cette journée dédiée et le concert du soir font le plein, avec des centaines de personnes issues des quartiers mais aussi le public habituel du festival. « Les publics se mélangent, nous parvenons ainsi à une mixité qui consolide le vivre ensemble » se réjouit Antoine Leclerc, qui analyse : « Le festival, c’est un pied dans la porte pour les emmener vers le cinéma et vers la culture ».
Un temps fort est organisé autour de la Tunisie le mardi 24 mars.
Parmi les longs métrages inédits ou en avant-premières, voici une petite sélection :
– À Gaza, de Catherine Libert.
– D’où vient le vent ?, de Amel Guellati, un film tunisien tonique et généreux.
– À voix basse, film franco-tunisien de Leyla Bouzid, avec Hiam Abbass en second rôle.
– L’Etrangère, de Gaya Jiji.
– Fatna, une femme nommée Rachid, de Hélène Harder.
– Seuls les rebelles, mélo libanais de Danielle Arbid.
– Le concert de Aït Ben Brothers aura lieu dans l’espace d’accueil du festival, place des Martyrs, vers 20h le mardi 24.
– Signalons enfin une belle opération avec l’Institut français d’Algérie à Tlemcen. Après un atelier qui a permis à de jeunes Algériens de réaliser des documentaires, trois de ces courts-métrages en prise sur le réel seront présentés par ces jeunes réalisateurs à Alès (Médiathèque Alphonse Daudet, le 25 mars à 16h).
+ d’infos : itinerances.org
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