“Attention à ta tête”, de la Cie Le Polpesse, les 11 et 12 novembre à Laval-Pradel et Saint-Jean-du-Pin . © Nat Elkeje

Le Cirque Portatif : quand les arts vivants investissent les lieux du quotidien…

Le 3 novembre 2026
par La Verrerie d’Alès
Depuis plus de dix ans, La Verrerie d’Alès et un collectif de partenaires produisent le Cirque Portatif, un ensemble de spectacles spécialement créés pour des espaces non dédiés… À l’occasion du Festival Temps de Cirques, les compagnies La Supérette et Le Polpesse y explorent les relations entre les corps, les objets et les spectateurs.

Une télévision détournée de sa fonction première, une baignoire transformée en terrain de jeu acrobatique : les spectacles du Cirque Portatif prennent appui sur des objets familiers pour ouvrir des espaces inattendus. Mais l’enjeu ne se limite pas à l’insolite. En investissant des médiathèques, des foyers ou des salles polyvalentes, les artistes déplacent aussi les habitudes de représentation et la relation entre les œuvres et les publics.

Porté par La Verrerie d’Alès, Pôle national cirque, le Cirque Portatif permet aux communes d’accueillir des spectacles dans des lieux qui ne sont pas initialement conçus pour cela. Les formats sont adaptés à différents espaces, sans que cette légèreté technique n’influe sur l’ambition artistique.

Pour les compagnies, ces contextes constituent une autre manière de faire vivre leurs créations. Le lieu, ses contraintes et les personnes présentes peuvent influer sur l’expérience. La proximité ne désigne donc pas seulement une distance géographique réduite : elle peut modifier la façon dont un spectacle se reçoit et dont les artistes rencontrent les habitants.

La Supérette se souvient ainsi d’une représentation dans une salle polyvalente où un cours de judo se poursuivait en parallèle. Plusieurs judokas, en kimono, ont finalement rejoint les spectateurs jusqu’à la fin du spectacle. Cette scène inattendue raconte à sa manière ce que ces propositions peuvent rendre possible : une rencontre entre des pratiques et des publics qui ne se croisent pas nécessairement d’ordinaire.

Le Polpesse : trois corps, une baignoire et l’art de rebondir

C’est une baignoire trouvée dans le jardin de leur maison qui a donné aux trois artistes du Polpesse l’idée de leur spectacle. Un objet insolite, une envie de jouer et une pratique — l’antipodisme, une forme de jonglerie réalisée avec les pieds — ont constitué le point de départ d’une création où les corps apparaissent et disparaissent, où jambes et mains prennent le relais des visages et où les objets circulent dans une composition chorégraphique.

Dans Attention à la tête, la virtuosité de la jonglerie se mêle à la danse et au jeu. Les interprètes s’appuient les uns sur les autres, recommencent, se perdent parfois et se retrouvent. L’attention se porte autant sur la maîtrise technique que sur ce qui se construit entre les corps : la confiance, l’écoute et la capacité à composer ensemble.

Cette dimension collective trouve un écho en dehors de la scène. Pendant une résidence, les artistes ont organisé un atelier de jonglage avec des personnes âgées. Emilio, qui approchait les 90 ans, les a ensuite invités chez lui pour un café et leur a offert quelques objets trouvés dans son garage. Il est revenu voir le spectacle avec sa fille et ses petits-enfants. Cette histoire singulière témoigne d’une rencontre qui s’est prolongée au-delà de la représentation et a relié plusieurs générations.

Pour découvrir la Cie Le Polpesse, il n’est pas nécessaire de connaître les codes du cirque contemporain. Le spectacle se découvre par les gestes, les rythmes, les objets et les relations qui se nouent entre les interprètes. La baignoire y devient moins un simple accessoire insolite qu’un élément qui organise le jeu et ouvre des possibilités de mouvement.

La Supérette : la télévision devient partenaire de jeu

Avec Nous, on n’a rien vu venir, la compagnie La Supérette s’empare elle aussi d’un objet familier. Télévision, manipulations, illusions et situations qui oscillent entre bricolage et science-fiction de salon composent une expérience qui interroge notre fascination pour les machines et la place qu’elles occupent dans nos vies.

Loin d’un procès des écrans, les artistes revendiquent plutôt une déclaration d’amour un peu inquiète à ces objets qu’ils aiment bricoler et détourner. Le spectacle, créé en 2022, invite à regarder ce que les images font à nos corps et ce que nos corps peuvent encore leur opposer.
Le dispositif réserve aussi des surprises aux spectateurs : il ne suffit pas toujours de regarder pour rester simple observateur. La compagnie garde une part de mystère sur la manière dont chacun sera embarqué dans l’expérience.

Après plus de 120 représentations, les artistes indiquent n’avoir jamais joué exactement deux fois le même spectacle. Le lieu, les circonstances et les personnes présentes contribuent à faire de chaque représentation un moment singulier. Cette capacité d’adaptation est particulièrement pertinente dans un dispositif qui fait le choix de lieux non dédiés.

À Rousson et à Saint-Jean-du-Pin : inscrire le spectacle dans la vie locale

Pour les communes qui accueillent le Cirque Portatif, l’enjeu dépasse la programmation d’un spectacle. Il s’agit aussi de faire vivre les équipements culturels, de proposer des rendez-vous dans des lieux familiers et de créer des occasions de rencontre avec des formes artistiques parfois peu connues.

À Rousson, où la commune développe sa programmation de spectacles depuis deux ans, l’accueil de Nous, on n’a rien vu venir à la médiathèque s’inscrit dans un temps fort autour de l’inclusion numérique, organisé du 5 au 7 novembre. La représentation, annoncée le 6 novembre à 17h, fait écho aux actions menées auprès des habitants autour des usages numériques. Le rapprochement entre spectacle vivant, réflexion et convivialité permet de relier la proposition artistique à un sujet déjà présent dans la vie locale.
La commune souhaite également créer des passerelles entre les usagers de la médiathèque et les spectateurs habituels. Son partenariat avec La Verrerie d’Alès lui permet de choisir des propositions artistiques adaptées à son projet culturel et de renouer avec une histoire locale du cirque contemporain, marquée notamment par le passage du Cirque en Kit.

À Saint-Jean-du-Pin, l’expérience s’inscrit dans la durée. Partenaire du Cirque Portatif depuis deux ans, la commune a accueilli La Supérette lors de la précédente édition et reçoit cette année la Cie Le Polpesse. Selon le retour rapporté par la commune, la première représentation avait réuni un public âgé de 3 à 85 ans, parmi lequel des enfants captivés et des jeunes de l’EPIDE de La Grand-Combe.

Ces exemples montrent comment une programmation peut toucher des personnes d’âges et d’horizons différents. Ils ne suffisent pas, à eux seuls, à mesurer l’évolution des pratiques culturelles sur le territoire, mais ils donnent à voir des occasions concrètes de rencontre.

Faire place à d’autres expériences du spectacle vivant

Une baignoire, une télévision, des corps en mouvement et des images qui se dérobent : les propositions du Cirque Portatif prennent des chemins différents, mais partagent une attention aux objets, aux espaces et à la présence des spectateurs. Elles montrent que la nature d’une expérience artistique ne se résume pas à une discipline unique ni au lieu où elle se déroule.

En investissant les lieux du quotidien, les compagnies ne se contentent pas de déplacer leurs spectacles. Elles mettent à l’épreuve d’autres conditions de représentation et ouvrent de nouvelles possibilités de rencontre entre les œuvres et les habitants. À Rousson comme à Saint-Jean-du-Pin, cette démarche rappelle l’importance de faire circuler le spectacle vivant dans les territoires.

Pendant le Festival Temps de Cirques, du 5 au 15 novembre dans le Gard, ces créations invitent à découvrir des écritures contemporaines qui jouent avec les corps, les objets et les images. Que l’on soit familier du cirque ou simplement curieux de nouvelles formes de spectacle vivant, l’expérience commence peut-être par une porte que l’on pousse dans un lieu que l’on connaît déjà.

En pratique

  • Festival Temps de Cirques, coordonné par La Verrerie d’Alès.
    Du 5 au 15 novembre, à Alès et dans le Gard
    Programme complet : www.tempsdecirques.fr
  • Cirque Portatif :
    – “Nous on n’a rien vu venir”, de la Cie La Superette : le 6 novembre à 17h, à la médiathèque de Rousson.
    Visionner le teaser.
    – “Attention à ta tête”, de la Cie Le Polpesse, le 11 novembre à 18h, au château du Pradel, Laval-Pradel, et le 12 novembre à 19h30 au foyer de Saint-Jean-du Pin
    Visionner le teaser.

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