Ariane Debeaud et Margot Roucan, de la Cie “Chaos Canem”, proposent un théâtre original, dont le projet est « d’effacer le comédien et le fondre dans le groupe. » © Susy Lagrange

“Chaos Canem”, la Compagnie d’art de rue foutraque et inventive

Le 19 octobre 2026

par Christine Zanella-Savy

Basée à Générargues, cette Compagnie invente de nouvelles façons de faire du théâtre et de tisser des liens avec le public. Portrait.

“Chaos Canem”. Traduction : “Le chaos du chien”. « On aime cette assonance entre les deux K, sourit Ariane Debeaud, l’une des deux directrices artistiques de la Compagnie avec Margot Roucan. On a choisi le chaos car on aime ce qui est foutraque, foisonnant et drôle. »

Installée depuis 2023 à Générargues, Chaos Canem prône « un théâtre d’expérimentation populaire ». “Expérimentation” car « la Compagnie fait de la recherche artistique » et “populaire” « parce que ce n’est pas un gros mot : ce qui est populaire rassemble ».

Un lien très fort avec le public

Créée en 2020 dans le Rhône par ces deux jeunes comédiennes sortant du conservatoire d’Avignon, la Compagnie Chaos Canem s’est orientée vers les arts de la rue en raison d’un besoin de plein air en sortie de Covid.
Et ça tombait bien car Ariane Debeaud “kiffe” le théâtre de rue, qui induit un lien plus fort avec le public. « Comme comédienne, je trouve que le rapport au public en extérieur est dans une relation immédiate et très franche. Les spectateurs ne se trouvent pas dans le noir, on voit leurs expressions. Dans le jeu, ça change tout ! »
Cette forme la plus simple, rappelant le théâtre de tréteaux et les bateleurs du Moyen Age, les deux complices la déclinent avec gourmandise dans des pièces qu’elles imaginent, écrivent, mettent en scène et jouent. Et ce avec le soutien de deux comédiens : Agathe Arnold et Benoit Lerat.

Des reines et des pirates

Leur première création, Reines et Pirates, a été écrite pour le jeune public, à partir du livre Les écumeuses des mers. Ariane et Margot ont créé un spectacle retraçant, avec humour, la vie de la pirate la plus puissante, Ching Shi qui sévissait sur les mers d’Extrême-orient avec son immense flotte…

Férue d’éducation artistique et culturelle, “Chaos Canem” propose une déclinaison audacieuse de ce spectacle dans les écoles primaires. Comme en ce mois de juin 2026, à l’école primaire d’Anduze, une opération subventionnée par la CGEAC (*). « On a joué devant les élèves le lundi puis on les a aidés à recréer cette pièce autrement, à leur façon. En trois jours, ils ont dû l’écrire et la répéter puis ils l’ont jouée le vendredi devant toute l’école et leurs parents ». Participatif et innovant, ce format d’atelier est très motivant pour les élèves, qui étaient « absolument ravis »

La mère Michel n’est pas celle que l’on croît

Après les femmes pirates, Ariane et Margot ont crée un spectacle tout public, Michel, parlant de la mère Michel qui a perdu son chat. « Nous sommes parties de cette comptine et nous l’avons étirée pour en faire un spectacle d’une heure. C’est une parabole de la vieille fille, revisitée comme quelqu’un qui a choisi sa vie ».

Saucisson brioché et quenelles sauce Nantua

Le spectacle suivant, sans doute le plus original, s’intitule Les assiettes de Mamie Vette. Il s’agit d’une pièce culinaire avec une scénographie olfactive et gustative. « On cuisine sur scène et on sert à manger au public au fur et à mesure, ce qui nous permet, sur les temps de service, d’être en lien direct avec les gens. » Le menu est ambitieux et alléchant : saucisson brioché, cervelle de canut, quenelles sauce nantua et sablés à la praline ! « C’est un spectacle où la frontière entre le jeu et le réel est très floue. Ça crée une vraie proximité. Après, les spectateurs viennent nous raconter des histoires de famille ou nous proposer de faire la vaisselle ! »

Un métier qui est un jeu

Six ans après sa création, la Compagnie “Chaos Canem” commence à être connue pour ce travail particulier sur le lien au public. « Ça marche assez bien, on a même des commandes de spectacle », se réjouit Ariane Debeaud. L’objectif est de creuser l’implantation locale, d’être reconnues comme un acteur culturel du Gard.
« Ce n’est pas un métier, c’est un jeu ! » conclut Ariane qui a commencé le théâtre à l’âge de dix ans et n’imagine pas faire autre chose.
Quels que soient les chaos à venir…

(*) Convention de Généralisation de l’Education Artistique et Culturelle, portée par les Ministères de la Culture et de l’Education nationale, le Département du Gard et Alès Agglomération.

En pratique

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