« Je voulais mettre la figure de Carmen dans la programmation “Les femmes font bouger le monde” que nous proposons depuis 2024, éclaire Olivier Lataste, directeur du Cratère. Cette programmation, c’est un temps fort de notre saison où nous défendons la créativité féminine ».
Carmen en sera donc la tête de proue en ce mois de février.
Le premier Carmen, jouée du 5 au 7 février, est une pièce théâtre/chant écrite par François Gremaud et interprétée par Rosemary Standley. « J’aime beaucoup le travail de Gremaud » précise Olivier Lataste, qui avait présenté son Phèdre ! l’an dernier et qui lorgne sur la prochaine création du metteur en scène, Gisèle… « Ce Carmen. (avec un point), c’est une pièce qui parle de l’opéra de Georges Bizet, c’est une façon ludique de rentrer dans l’œuvre » assure-t-il. Qu’on en juge : une oratrice, interprétée par Rosemary Standley, prétextant parler de la pièce de François Gremaud, finit par raconter et interpréter l’opéra Carmen de Georges Bizet. Dans ce Carmen., Rosemary Standley raconte l’opéra-comique éponyme, accompagnée par un magnifique quintet de musiciennes (accordéon, harpe, flûte, violon et saxophone). Tel un caméléon, l’éblouissante actrice-chanteuse endosse avec brio tous les personnages de la pièce, passe d’un registre vocal à l’autre, et nous décrit au détail près les scènes de l’opéra sur un rythme effréné.
« Ce spectacle “cartonne” car Rosemary, interprète du groupe Moriarty depuis 1999, chante aussi de la pop et incarne une Carmen hyper actuelle, apprécie Olivier Lataste. Cette pièce est un bijou de finesse et de virtuosité, un feu d’artifice théâtral et musical aussi drôle que saisissant ».
Les 17 et 18 février, le célèbre opéra-comique est cette fois chorégraphié par Abou Lagraa et dansé par treize interprètes du Ballet de l’Opéra de Tunis. Dans un univers poétique empreint de ses racines et de visions orientales, Abou Lagraa transpose et réinvente non pas une Carmen, mais “des” Carmen. Emplis de désir et de sensualité, les interprètes font jaillir les figures du double de la “Carmencita” avec une seule injonction : « Laissez Carmen vivre ! »
« Nous proposons là une Carmen chorégraphique, décrit Olivier Lataste. Je trouve le décalage avec ce que vit la jeunesse arabe pertinent. Que des jeunes Tunisiens incarnent une femme de liberté, c’est intéressant ».
Pour le spectateur, il sera pertinent de voir les deux spectacles et dans cet ordre-là, car d’abord, avec la version “pédagogique” de Carmen. (avec un point), il revisitera le livret de Meilhac et Halévy et revivra les différents actes de l’opéra. Ensuite, avec la transposition de l’œuvre dans un ballet, il sera embarqué dans une vision plus sensuelle et orientale avec des clins d’œil de hip-hop.
Si le pont entre les deux pièces réside dans la liberté de la femme, Le Cratère se fait un plaisir de donner ainsi deux interprétations d’une Carmen moderne. « C’est une façon d’amener des visions contemporaines du répertoire, plutôt que de présenter le répertoire connu, conclut son directeur. C’est aussi là le rôle d’une scène nationale ».
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